samedi 10 décembre 2022

Granville. Pierre Rossi. Journal d'un petit Champion de boxe.



PREFACE.

La prime jeunesse de Pierrot fut plus ou moins mouvementée.

Né le 14 mai 1932 dans le célèbre quartier de la Belle de Mai à Marseille, j’entrais een pension à 12 ans à l’école Courbet de cette même ville ( école des mousses de la marine). Mes parents ont divorcé et les allemands ont envahi le pays.

Nous sommes partis nous réfugier avec mon frère Louis, ma sœur Irène et maman Lina à côté d’ Oradour-sur-Glane, de triste mémoire. Maman m’avait placé comme commis chez le baron de Sègne, un châtelain des environs, où j’avais la tâche de garder six chèvres, un bouc et dix dindons. Je ne mangeais pas tous les jours à ma faim.

Ensuite, nous sommes descendus à Saint-Tropez et j’ai repris l’école seulement pour une courte durée car maman avait ses trois gamins à nourrir et nous sommes partis pour Aix-en-Provence où j’étais apprenti boulanger. Je commençais à sept heures du soir. Je tamisais la farine pour faire du pain blanc que je portais livrer au marché noir à nos clients. Et j’étais fier de porter ma baguette de pain blanc à la maison. Ensuite, j’ai réparé les vélos chez Peugeot, puis, je fus confiseur à l’usine Cassé et enfin plombier.

Un soir, je suis allé chercher mon frère Louis qui pratiquait la boxe. Le professeur Brès m’a fait mettre les gants avec mon frère, et au premier coup d’œil, Mr Brès m’a dit « tu es doué, tu devrais venir t’entraîner ». Moi, je préférais le football mais je n’étais pas doué pour ce sport.

Je suis donc parti à la salle de boxe où dès la première année je fus finaliste du championnat de France amateurs à Lyon, battu aux points par Antoine Martin. Cependant, alors que tout marchait bien au club local, le professeur fut sollicité par Granville comme entraîneur. Cet événement provoqua la montée à Granville de tout le ring aixois, à savoir :

Vito Di Benedetto, Mohamed Tedgini, Roger Capatto, René Galissard, René Arnaud, Aimé Médard, Paul Tomaselli, Roland Romano, Jeannot Endrien.

Pour ma part, je restais à Aix avec le professeur Baumas. J’ai fait trois combats, trois victoires mais comme l’ambiance n’était pas bonne, je décidais de partir pour Granville où je retrouvais mon professeur avec plaisir.

Au début, je travaillais comme barman à l’Hôtel des Bains, chez M. Joly. Je reprenais l’entraînement. Ma carrière était repartie grâce mon professeur que je considérais comme mon père et un génie de la boxe, ayant pour devise : « donner des coups et ne pas en prendre » et qui me connaissait mieux que quiconque.

La boxe est un sport noble.

Une partie du club aixois:
Louis Rossi, en bas à droite
Aimé Médard, dernier rang en retrait
Mohamed Tedjini, caché par Pierre Rossi.
Zitouni, Jeannot Endrien et Pierre Rossi



On reconnait sur cette photo: Aimé Médard, Vito Di Benedetto
Pierrette, Pierre Rossi et Paul Tomaselli.
De dernier deviendre célèbre pour avoir créé à Saint-Tropez le Club plage privée, la Voile rouge


Pierre Rossi à ses débuts

Georges Brès, un fabricant de champions, a fait beaucoup pour le noble art et la renommée de la boxe à Granville, au temps du Marché Couvert.



René Galissard. Poids Welter.
42 combats:
2 nuls, 2 victoires aus points
38 par KO


Germain Vivier, Avranchinais.
Champion de Normandie professionnel

Finale du championnat de France amateur 1951 à Lyon
Antoine Martini ( professeur Traxel) - Pierre Rossi.

Pierre Rossi, champion de France amateur 1952
remet la ceinture à son professeur Brès.

M; Garnier, président du BC coutançais. Fortunato, boxeur. Ernest Durso, arbitre national.
Le professeur Brès et Pierre Rossi

Je fis mes débuts au théâtre municipal d’Aix-en-Provence, le 1er février 1949. Je figurais en fin d’affiche mais cela me faisait tout de même plaisir car c’était mon premier combat. Mon adversaire annonçait 48 kgs. 

C’est ainsi que je remportais ma première victoire. Le professeur m’avait trouvé un nom charmant : «  La Grenouille » en raison de mon jeu de jambes d’une extraordinaire rapidité. La détente de mes poings correspondait véritablement à une explosion musculaire ; j’étais agile, ayant le coup d’œil, esquivais parfaitement avec opportunité et m’avérais bon encaisseur.

Ensuite, je fis de nombreux autres combats, d’autres moins spectaculaires dont j’étais tout de même vainqueur.

J’étais donc devenu champion des Bouches-du-Rhône après combat contre Jean Masia, un vrai puncheur ayant à son palmarès pas mal de victoires par KO, champion de la zone Est, et champion de Provence en 1951. Une mesure draconienne de la fédération m’imposait, quoique habitant Granville, de disputer les championnats de Provence aux frais du Boxing Club Granvillais.

 La salle du Palais d’Hiver de Lyon était comble pour les demi-finales des championnats de boxe de France amateurs . Les combats débutaient par un match m’opposant au Toulousain Jean Pollazon, un adversaire plus puissant mais moins mobile, boxant en fausse garde, mais ce handicap ne m’empêcha pas de dominer mon adversaire dès le premier round.

Je cherchais à travailler en contre et en uppercuts et c’est très nettement que je remportais les 3 reprises aux points.

Parvenu en finale, je fus battu par Antoine Martin.

L’année suivante en 1952, à Narbonne, j’eus plus de chance en sortant vainqueur de Jean Poirel devenant ainsi champion de France amateur poids mouche : « Le petit Rossi a du métier, il a aussi des jambes dont il sait se servir devant un adversaire sans doute plus fort que lui, mais il est plus adroit, plus précis et plus rapide que Poirel. Rossi obtient l’avantage dans les 3 reprises et le titre des poids mouche lui revient très justement » ( article de G. Péters de l’Equipe)

  L’Oscar du Ring poids mouche, année 1952, m’a été décerné au titre du boxeur ayant totalisé le plus de points dans la saison au cours des championnats de France, des rencontres internationales et de la coupe de l’Equipe.

Quelques mois ont passé, j’étais sélectionné pour faire partie de l’équipe de France en vue des prochains championnats d’Europe.

Ayant préjugé de mes capacités, c’est alors que je décidais d’abandonner l’équipe du professeur Brès sans raison valable. Je faisais donc 4 combats, les gagnaient mais je perdais mon classement.

            Je décidais alors de faire la paix mais entre temps le professeur et son équipe étaient partis pour Granville en Normandie. Cette nouvelle me serra le cœur. Il fallait laisser là tout ce qui m’était le plus cher et rejoindre Monsieur Brès à Granville.

   Je débarquais par une pluie battante sur le quai de la gare de Granville où m’attendait le professeur. Je fus agréablement surpris de son accueil malgré l’affront que je lui avais fait.

   Oubliés nos différents, nous avions beaucoup de choses à nous raconter. Il me proposa de loger chez lui.

   Monsieur Basile-Mavridés, président du Boxing Club Granvillais et commerçant, m’employait dans son magasin où je rangeais des cartons.

C’est de cette façon que j’effectuais mon premier combat à Granville ; pas merveilleux, je n’avais pas encore récupéré.

Puis vint la naissance du Boxing Club Coutançais qui fusionna par la suite avec le Boxing Club Granvillais. Je fus transféré à Coutances chez un sympathique commerçant et sportif, M. Typhaigne . C’est ainsi que je revêtais l’uniforme des barmans : veste blanche, pantalon noir et nœud papillon. En dehors du service, je grimpais sur un escabeau pour nettoyer les vitres. Les passants me parlaient et je fis la connaissance de M.Garnier qui me présenta une admiratrice qui me plut beaucoup. Elle deviendra ma fiancée et ma femme par la suite.

Je me retrouvais dans le 2ème combat. Le 3ème fut encore meilleur. Je me présentais en champion de France en pensant que je devais être digne de mon titre. J’avais encore beaucoup à apprendre. J’aimais beaucoup la boxe ce qui constituait déjà un gros atout. Cependant, j’étais fermement décidé à défendre ce titre au prix de n’importe quel sacrifice.

Je rencontrais à nouveau, à Dombasle, Jean Poirel qui voulait prendre sa revanche du championnat de France 1952. Cette rencontre se termina par un nul.

Puis je fus dirigé vers Joinville, à l’Institut National des Sport, pour faire un stage d’un mois, en vue de la rencontre des Gants d’Or.

Je correspondais presque chaque jour avec mon admiratrice. Elle se prénommait Pierrette. Je la tenais au courant des activités du stage, elle, de son côté me relatait les faits locaux.

Puis ce fut les « Golden Gloves », une très importante compétition de boxe amateur, la plus fameuse après les jeux olympiques, d’ailleurs considérée comme un championnat du Monde. Les «  Golden Gloves » ou Gants d’Or était une organisation américaine.

La rencontre des Gants d’Or eut lieu au Vel d’Hiv à Paris. J’ai remporté le titre des « Golden Gloves » 1952 contre le noir américain Kenneth Wright.  La décision fut âprement discutée. Les juges m’ont déclaré vainqueur. J’étais heureux.

Photo du journal " Le Provençal"
Pierre Rossi est devenu champion des Bouches du Rhône
en battant Jean Masia à Marseille en 1951.
La boxe, c'est aussi l"art de l'esquive.

Pierrette Legrand et Pierre Rossi, le 21 février 1953

Famille Rossi. Port de Granville.

Maryline Rossi née en 1954

Marie-Dominique Rossi, née en 1957.

Ensuite, je suis retourné à Granville où j’ai travaillé comme barman à l’Hôtel des Bains. Je m’y plaisais beaucoup. Tout le monde était gentil avec moi.

J’ai gagné ensuite quelques matchs à Granville et à Coutances. Je comptais mes combats : une centaine. 2 nuls, 3 défaites et 95 victoires. 

Je fus sélectionné pour les jeux olympiques, mais sur les conseils de mon professeur, je refusais d’y participer ; je n’étais pas fait, ni prêt pour cette compétition.

Ainsi finissait l’année 1952.

L’année suivante, je fus appelé sous les drapeaux. J’ai le cœur gros à la pensée de quitter ma fiancée, mon professeur mes bons amis de Granville.

Deux mois plus tard, j’épousai à Aix-en-Provence, Pierrette Legrand, belle et charmante normande de Montmartin-sur-Mer dans la Manche, que j’aimais passionnément et qui me soutenait moralement dans mon sport..

Cette année là, je disputais les championnats de Normandie et les gagnais, puis les interrégionaux. Mais je sentais que je n’arriverai pas au bout de ces championnats malgré les encouragements de ma femme, du professeur et des Granvillais. Je fus battu en quart de finale des championnats de France. Je souffrais à la pensée d’avoir déçu tous mes amis qui avaient fait confiance à la « Petite Grenouille ». Ma main droite abîmée me faisait souffrir, c’est l’explication cette défaite.

Obligation ensuite de faire les championnats militaires. Je réussissais à aller en finale où je fus battu aux points, ma 2ème défaite. J’en pleurais et constatais que je n’étais plus le Rossi de l’année 1952 mais son ombre. Je fus tout de même sélectionné pour France Allemagne. Je montais sur le ring, ma main droite me faisant toujours souffrir. Le chance se présenta à moi par l’abandon de l’Allemand ; je gagnais ainsi ma première victoire internationale militaire.

Je menais une vie saine et bien réglée, ne fumais, ni ne buvais et je me reposais le plus souvent possible. Pourtant depuis quelques jours, je me sentais fatigué en raison d’une angine et ma main me faisait toujours souffrir. Dans 2 jours, je partirai à Munich pour les championnats du monde militaire. Hélas, à cause de ma main je n’ai pu les disputer et c’est le cœur gros que j’ai laissé ma place à Schmit.

La saison 1953 se terminait et la forme revenait.

Le service militaire fini, je rentrais à Granville. Je devenais apprenti plombier, apprenais le métier avec la même ardeur que celui de boxeur et passais ouvrier.

Puis vint la naissance de ma première fille, Maryline, qui m’apporta un immense bonheur.

 

Je fus ensuite rappelé 7 mois pour la guerre d’Algérie avant d’être renvoyé dans mon foyer.

Malheureusement, j’ai du quitté le ring pour des raisons familiales et professionnelles et mon absence m’obligeait, alors que je pouvais passer dans les rangs des professionnels, à reprendre un an une licence d’amateur. En 1956, je rencontrais René Libeer pour le chchampionnat de France mais je devais m’incliner devant le futur champion d’Europe professionnel.

Je devenais professionnel en 1957, et mon premier combat eut lieu le 2 février. Cette année là, j’obtenais 12 victoires tant à Granville qu’à Coutances, Saint-Lô, Avranches, la Haye-Pesnel et Cherbourg. Dans cette dernière ville, le 1er juin, je fus incontestablement la vedette de la soirée laissant une très forte impression tant par mon style que par mon efefficacité ( Ouest-France du 29 juin) et réussissais à triompher du difficile Maurice Sevelle par KO au 3ème round.

A Granville, en mai 1957, un 2ème combat pro figurait au programme et me mettait een présence de Ben Adhmed finaliste des championnats de Paris et de la coupe du journal l’Equipe.

La naissance de ma seconde fille, Marie-Dominique, me combla de joie.

Provençal d’Aix-en-provence, je portais depuis plusieurs années les espoirs des sportifs de Normandie. C’était pour suivre mon professeur Georges Brès à Granville que j’avais quitté le soleil du Midi.

Je n’eus pas à le regretter, mon manager étant l’un des meilleurs professeurs de boxe que l’on connaissait en France.

Georges Brès qui avait formé en autre Romano, Cappato et moi même, s’attachait avant tout à la technique. Ses élèves étaient vraiment des adeptes du «  noble art » ; ils avaient reçu une éducation complète : esquives, jeu de jambes, précision des coups. Ils pouvaient rivaliser avec mes meilleurs stylistes. D’autre part, le professeur Brès, consciencieusement, ne cherchait pas à faire brûler les étapes à ses poulains.

Je n’étais pas seulement styliste mais un boxeur qui frappait lourdement des 2 mains. Les spectateurs normands me considéraient comme un champion complet promis à un grand avenir. J’étais passé professionnel un peu tardivement en raison des services que je rendais à l’équipe de France amateur. J’approchais les 26 ans et j’étais impatient de m’imposer sur le plan national et international. La forme revenait.

En 1958, 6 victoires s’inscrivaient encore à mon actif, ce qui était excellent. Puis, 18 combats, 18 victoires : le moral était au beau, mais hélas en 1959, j’enregistrais ma première défaite, à Tours, face à Guérard pour le titre de champion de France. Cette année là, sur 3 combats, je n’enregistrais qu’une seule victoire. 1959 fut donc une année noire. La seconde défaite eut lieu à Glasgow face à Calwell, par la suite champion du monde catégorie coq. Compte tenu de l’enjeu de ces deux combats, il n’y avait pas à dramatiser.

D’ailleurs en 1960, sur 5 combats, j’obtenais un nul et 4 victoires.

Survenait alors un nouvel arrêt et la rentrée fut plus difficile.

Après un nul devant René Lieber ( en 15 rounds) pour le titre de champion de France, je fus battu aux points ( toujours en 15 rounds) par Salvatore Burrini ( ex champion du monde) pour le championnat d’Europe. J’échouais certes, mais en réalisant au Vignerelli de Milan l’ un de mes meilleurs matchs de ma carrière. Le public ne s’y trompa d’ailleurs pas puisque environ 20 000 spectateurs unirent dans les mêmes applaudissements deux hommes qui venaient de faire un combat de grande qualité.

En mai 1963, je m’inclinais devant René Lieber à Tours pour le titre national.

Nouvel arrêt, nouveau départ et cette fois le bon.

En 1965, dès la reprise, j’obtenais un nul face à Claude Youyoucef à Granville, puis sortait vainqueur de Chrétien toujours à Granville et de Jo Peig à Blois. En mars 1966, je me déplaçais à Dunkerque pour boxer Gérard Macrez, en revenait lésé car le nul prononcé par l’arbitre fut très contesté. Ensuite, défaite à Berne contre Fritz Chervet, champion de Suisse.

Ma préparation au championnat de France n’était pas au point. Elle ne faisait que commencer.

Amis ou supporters, si vous rencontrez par hasard, dans les rues de Granville ou d’ailleurs, le futur champion de France des poids mouche, gardez-vous de le complimenter sur sa bonne mine en lui disant par exemple : «  vous paraissez en pleine forme » ou «  vous vous portez bien » ou « vous avez grossi » car vous verriez aussitôt se tourner la tête d’un chien furieux à qui l’on tente d’arracher un os ! 

En effet, amateur de bonne chair, de plus travaillant dur, je n’arrivais pas à me priver des plaisirs de la table. Or, pour le championnat, la limite des poids mouche se situait très rigoureusement à 51kgs. Evidemment, tout l’excédent était à perdre par un régime très strict et sous forme de transpiration à l’entraînement. Pour ce faire, un ami et grand supporter, M. Fichepoil avait mis à ma disposition la tenue d’homme-grenouille.

Depuis le début de la semaine précédent le combat, je ne travaillais plus, mes outils étaient rangés. Après un entraînement efficace avec Paul Chervel, frère de Fritz, la rencontre eut lieu le 11 juin 1966 à Granville contre Antoine Porcel, le lyonnais au punch très dur, mais qui fut touché au 2ème round et ne put par la suite se servir de sa terrible gauche tant Pierrot virevoltait, devenait intouchable et remportait le titre de champion de France professionnel poids mouche à 34 ans.

Champion de France amateur puis champion de France professionnel, j’étais comblé.

Au cours de cette soirée, M. Baudoin, député maire de Granville me remit la ceinture de champion de France. J’étais très ému.

Ce succès, je le devais à mon professeur, Georges Brès, auquel était donné le titre de fabricant de champions. Je remerciais cet homme exceptionnel qui fut beaucoup plus pour moi qu’un ami, mais un père spirituel dont toute la vie constitua un exemple magnifique dans le monde de la boxe, un modèle d’honnêteté, de probité et de moralité aussi.

Maintenant que la fièvre était tombée, que chacun avait pu récupérer de sa nuit sans sommeil ou presque, il était devenu possible de faire le point sur le champion de France que Pierrot était devenu.

Tout le monde connaissait bien les péripéties du combat. La presse, toute la presse, la radio et même la télé avaient largement commenté les 15 rounds qui ont fait du poulain de G. Brès un beau champion de France. Cependant, tout le monde ne connaissait pas la somme de patience, de courage et de volonté qu’il a fallu à « La Grenouille » : accomplir sa journée de travail, s’entraîner le soir et quel entraînement, se priver de bonnes choses , s’abstenir du repas de communion de sa fille, récupérer au maximum en restant le plus possible au lit pour enfin acquérir ce titre qu’il voulait, qu’il lui fallait, pour consacrer une carrière déjà longue et bien remplie ;

Une réception fut organisée, le samedi 29 juin 1966, par la mairie de Granville, en présence des dirigeants du Boxing Club Granvillais, du professeur Brès, de mon épouse, de mes enfants et de mes nombreux amis. Ce jour là,  M. Baudoin me remit la superbe médaille de Granville, nouvel hommage à celui qui venait de porter bien haut la renommée de sa ville d’adoption.

 

Souvenir de la guerre d'Algérie. Après une arrestation plus ou moins mouvementée de la police militaire.   
  

Photos de victoires

Dupain, manager Ben Hamed, Pierre Rossi et le professeur Brés au Marché Couvert à Granville


A Avranches, Pierre Rossi et le Professeur. Match exhibition contre Roger Capatto.

Pierre Rossi, vainqueur d'Antoine Porcel, remporte le titre de Champion de France professionnel poids mouche, le 11 juin 1966


Pierre Rossi reçoit la ceinture de Champion de France professionnel poids mouche à Avranches


Contre Guy Schatt à Saint-Lô.

Pour faire le poids, la tenue d'homme grenouille.


Pierre Rossi - Bouazza à Saint-Lô, saison 58-59

Avril 1958. Le ring granvillais reçoit Alphonse Halimi, champion du monde des poids coq, au bar de la Renaissance. On y reconnait de nombreuses figures de la vie granvillaise: Ernest Durso, Gérard Vigneron, Pierre Thomelin, ou Marcel Chapet. Alphonse Halimi est assis entre Pierre Rossi et Georges Brès sur la photo.


 

Article d'Ouest France



Je totalise 55 combats professionnels.

Victoires :

Alias, Bouazza, Keita, Sévelle, Hamaden, Viola, Ben Hamed, Vaillent, Rodriguez, Schatt, Carnazza, Martin, Mouzinot, Salam, Cochin, Belouard, Chrétien, Belhout, Peig, Schmit, Lamora, Jacob, Osuna, Marchand, Lalmand, Porcel, Macrez.

 Nuls : Libeer, Ouyoucef, Leroy, Macrez.

Combats contre: Le champion de monde Burrini, Calwell, Mirana, Guérard.

A 36 ans, j’ ai accroché les gants au clou.

Le 27 mai 1982, j’ai reçu la médaille de bronze de la Jeunesse et des Sports pour services rendus à la cause de l’Education Physique et des Sports, à savoir :

Titres : Champion de France amateur. Vainqueur des Gants d’Or 1952. Sélectionné Olympique Oscar du Ring 1952


Autres activités :

Membre actif d’associations sportives : Boxe amateur Aix-en-Provence 1948-1952 Boxing Club Granvillais 1952-1955

Football entre 1956 et 1969 à l’US Granville, US Haylande,  AS Montmartin-sur-Mer

Membre actif d’une association d’éducation populaire. Association sportive de Montmartin : Educateur de football

Membre dirigeant : Vice-président de l’ASM 1976-1981 Dirigeant et fondateur de Granville Pétanque 1962 1981

 

Pierre Rossi au milieu de ses trophées

 

 Retraité dans le pays coutançais, j’avais tout pour être heureux lorsqu’un matin, à l’occasion d’un départ en voyage avec mon épouse, une voiture est venue emboutir la mienne stationnée sur la berne.

Mon épouse fut tuée et moi blessé. Mais le vie continue, c’est comme la boxe quand il faut serrer les dents. Dans la vie, il faut faire de même, la prendre à la façon d’une bonne droite qu’il faut éviter pour ne pas avoir trop mal.

Ca fait 16 ans que ma femme m’a quitté. Je suis avec une 2ème Pierrette, elle se prénomme Simone et c’est une femme admirable. Le 16ème round commence, j’espère que ce combat sera le dernier de ma vie. Je ferai de la même façon, comme j’ai mené ma carrière de boxeur.

ROSSI Pierre, 20 rue du Cos,50590 Montmartin-sur-Mer

 

Réunion de travail de plombiers au Marché Couvert en 1960. 

 

Article de presse, médaille CGEE  

 

Robert Monclar, capitaine de l'équipe de France de basket ( photo de 1953) Ami de longue date de Pierre Rossi

 

René Galissard, chasseur d'éléphants au Gabon et boxeur granvillais vers 1950

 

Aimé Médard, Claude Bazire, Pierre Rossi, René Galissard en mars 2005

 

Simone et Pierrot en 2000. 

 

Momette et sa mémé, Mme Rossi mère.

 

Madame Rossi mère et sa belle fille en 1988 



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Ouvrage paru en novembre 2011. Tirage: 25 exemplaires.

Textes et légendes des photos: Pierre Rossi.

Editeur bénévole et mise en page: Jean-Marc Santier

Imprimeur: Maison Lecuirot, Gavray

 

vendredi 29 avril 2016

Les heures de gloire de la boxe à Granville. L’incroyable parcours de l’équipe d’Aix-en-Provence du professeur Georges Brès

Durant l’âge d’or de la boxe ( de 1940 à 1975 environ) les responsables du Boxing Club Granvillais (M. Basile Mavridès président) embauchent vers 1950 le professeur Georges Brès, de très bonne réputation. Il succède à Marcel Prilleux parti tenter sa chance au Mans

 Georges Brès dirige avant son départ le ring d’Aix-en-Provence. Il n’arrive pas à Granville tout seul.
La presque totalité de ses élèves suit le mouvement vers la Normandie. Et c’est ainsi que le club se trouve renforcé d’une bonne dizaine d’éléments nouveaux, tous parlant avec l’accent des gens du sud. Une bouffée de chaleur dans ce climat ingrat des hivers interminables. Le cours Jonville s’anime enfin au contact de ces jeunes rigolards

Ils ont pour nom : 
Vito Di Benedetto, Mohamed Tedjini, Roger Cappato, René Galissard, René Arnaud, Aimé Médard, Paul Tomaselli, Roland Romano, Jeannot Endrien et Pierre Rossi.

Et ils vont avoir comme copains d’entrainement les locaux Michel Danjou, Germain Vivier, Jean Montreuil, Claude Bazire, Jean-Claude Jouaudin, Yvon Marquez, Joël Heuzé, René Lebrun, Daniel Moréno etc. Certains resteront amateurs, d’autres tenteront leur chance au niveau professionnel.

A Granville, le Marché Couvert est le temple mythique de la boxe. Le public de toutes les classes sociales suit le mouvement même si ceux qui sont sur le ring ne sont pas de toutes les classes sociales. On s’enflamme, s’énerve, encourage et surtout pendant les temps morts des combats, les bons mots fusent. Qui n’a pas entendu plusieurs fois par réunion le fameux « Fouilly ta paintoche », répartie d’un marin pêcheur restée célèbre et devenue le surnom de son auteur.


Toutes les vedettes du BCG n’ont pas le même palmarès. Quelques uns  collectionnent les victoires, d’autres affichent une carrière beaucoup plus modeste. Les bons comme les moins bons originaines d’Aix-en-Provence trouvent l’âme sœur ici, même si par la suite, plusieurs quittent la région.

Le plus célébre d’entre eux est le poids coq ou mouche Pierre Rossi, dit la Grenouille, né à Marseille en 1932 dans le célèbre quartier de la Belle de Mai. 


Après une carrière amateur exceptionnelle ponctuée par une victoire aux Gants d’Or de Paris en 1952, sorte de championnat du monde amateur, il dispute 55 combats professionnels. Il  boxe contre les meilleurs de la planète. Bilan : un titre de champion de France en 1966, une bonne quarantaine de victoires et des défaites honorables aux championnats d’Europe ou contre des adversaires de niveau mondial.
Pierre Rossi vit maintenant entre Condé-sur-Vire et Montmartin-sur-Mer, selon les saisons.

Paul Tomaselli ne passe jamais pro mais il enthousiasme la galerie du Marché Couvert durant plusieurs années.
C’est un styliste surdoué qui gravit les échelons tranquillement au point d’être pratiquement à chaque fois dans le dernier carré des championnats de France amateur. 
Paul Tomaselli à la glorieuse époque de la Voile Rouge
Sa vie d’après vaut le déplacement. Surtout qu’elle se déroule à Saint Tropez là où Paul Tomaselli tient le célèbre club-plage-privée « la Voile Rouge ». Son établissement est fréquenté par toutes les célébrités, Johnny en tête, et avec lui ses nombreux copains jet-setteurs. Hélas, si l’on peut s’exprimer ainsi, la Voile Rouge, implantée sur le domaine public maritime, ne résiste pas à tous les procès engagés par des défenseurs de l’environnement. Le fils de Paul, Antoine, qui mène le combat après la disparition du père devra s’incliner devant les décisions de justice. La Voile rouge sera démontée définitivement en 2012, malgré le soutien aussi inattendu que surprenant de François Hollande.

 René Galissard, poids welter amateur, n’est pas un poète entre les cordes. Il cogne dur. C’est simple, il gagne pratiquement tous ses combats par KO. 38 au total .

Malheureusement, il se blesse grièvement à la main droite et ne remontera jamais plus sur un ring. Sa reconversion n’est pas un exemple à suivre selon les défenseurs de l’environnement. Il deviendra chasseur d’éléphants au Gabon, y fera fortune et écrira par la suite ses mémoires dans des ouvrages de chasse et de pêche. Il termine sa vie à Tarbes ( décédé en 2011 à 79 ans) non sans avoir revu une dernière fois ses nombreux amis de sa Normandie d’adoption. 

Mohamed Tedjini, né à Oran, est issu d’une grande famille de sportifs. Deux de ses frères sont devenus des footballeurs de haut niveau. Mohamed Tedjini disparaît en 2009 à l’âge de 76 ans dans l’indifférence générale. 
Comme si la société se révélait incapable d’honorer des sportifs qui ont procuré de la joie à de nombreux supporters et amis. 
Quel beau palmarès aussi pour ce poids welter de grande classe, devenu champion de France en 1951. Carrière démarrée à Granville la même année. 30 combats professionnels à son actif. Une vingtaine de victoires et six défaites.


Roger Cappato est un autre grand nom de la boxe professionnelle à Granville et surtout à Coutances où il est la star du ring qui déplace les foules à chaque combat. Poids coq, il enregistre 50 combats pour 32 victoires, dont trois par K.O, 8 nuls et 10 défaites. 

Dispute au moins une rencontre de finale de championnat de France. S’incline à Coutances avec les honneurs contre Dante Bini devant 4000 spectateurs.
Après la boxe, Roger Capatto vivra sa nouvelle vie à Vic Fézensac dans le Gers. Il deviendra paysan éleveur de cochons. Il disparaît en 2015 à 82 ans.




Vers 1955, le BCG accueille le grand Alphonse Halimi